Un tube pour faire des bulles de savon. La notice sur le côté est illisible. Un regard dans la vitre, elle replace ses cheveux. Elle est prête pour ce soir. Un premier rendez-vous, le plus délicat. Enfin tout dépend de la rencontre.
Elle s’est faite aussi belle qu’elle le pouvait. Son physique est un peu ingrat, mais elle a du charme, et elle espère qu’il s’en rendra compte. Les portes s’ouvrent. Elle descend de la rame et emprunte l’escalator, se plaçant à gauche pour laisser passer les gens pressés. Elle elle ne l’est pas. Elle n’est pas en retard et en plus elle a un peu peur. L’appréhension plus ou moins normale que l’on ressent dans ces moments. Ca fait longtemps qu’elle attend ça. Elle a toujours eu l’impression de le connaître depuis longtemps, comme si elle était liée à lui.
L’escalier mécanique la mène jusqu’au hall de la station. Une station qu’elle ne connait pas. Elle cherche une indication sur les panneaux éparpillés sur les murs. Il lui a donné le nom de la rue, elle devrait être indiquée. Des gens la contourne, alors qu’elle reste immobile au milieu de la foule. Elle est bousculée, perdue. Elle n’aime pas les endroits bondés. Trop de danger, trop d’évènements imprévisibles, trop de psychologies complexes en mouvement.
Un groupe de skinheads passe et la fixe avec insistance. Ils ont un air de folie. Une lueur dans les yeux qui veut dire qu’elle doit se méfier, faire attention à sa vie. Alors elle baisse les yeux, et se concentre sur ses escarpins jaunes. Lorsqu’elle relève enfin la tête, les skinheads ont disparu, et elle trouve enfin l’indication qu’elle cherchait. Elle se met alors en mouvement, et d’un pas décidé elle monte les escaliers qui vont la mener à l’air libre.
Lorsqu’elle arrive dans la rue, il pleut des trombes d’eau. Les passants s’empressent de se mettre à l’abri ou de déployer leur parapluie. Mouillé, le pavé devient glissant. Aucun homme ne correspond à la description que lui a donné son rendez-vous. Il y a bien un grand brun à quelques mètres, mais si elle ne se trompe pas ses yeux sont marrons et non pas bleus, et ses cheveux sont coupés bien trop courts. Pourtant lorsque leurs regards se croisent, une étrange chaleur nait dans son ventre, et pendant un court instant elle a l’impression que le sol va se dérober sous ses pieds. Mais l’inconnu tourne les talons et s’en va, comme si il avait attendu quelque chose qui n’arrivera jamais.
Dépourvue de parapluie, elle choisit de se protéger de la pluie en s’asseyant sur un rebord de fenêtre, un peu à l’écart du reste des passants. C’est alors qu’elle les voit. Ils s’avancent vers elle, échangeant des sourires entre eux. Les chaines accrochées à leurs ceintures se balancent au rythme de leur pas, alourdi par de grosses bottes. Elle regarde ailleurs, espèrant qu’ils ne la remarqueront pas. Mais elle sait qu’il est déjà trop tard.
Les trois hommes s’arrètent à environ deux mètres d’elle, et celui situé entre les deux autres, portant un tatouage qui lui remonte jusque derrière les oreilles et qui semble faire office de leader, lui demande de s’approcher d’un mouvement de l’index.


