Du danger des illusions (Partie 1).

4 06 2008

     Un tube pour faire des bulles de savon. La notice sur le côté est illisible. Un regard dans la vitre, elle replace ses cheveux. Elle est prête pour ce soir. Un premier rendez-vous, le plus délicat. Enfin tout dépend de la rencontre.

     Elle s’est faite aussi belle qu’elle le pouvait. Son physique est un peu ingrat, mais elle a du charme, et elle espère qu’il s’en rendra compte. Les portes s’ouvrent. Elle descend de la rame et emprunte l’escalator, se plaçant à gauche pour laisser passer les gens pressés. Elle elle ne l’est pas. Elle n’est pas en retard et en plus elle a un peu peur. L’appréhension plus ou moins normale que l’on ressent dans ces moments. Ca fait longtemps qu’elle attend ça. Elle a toujours eu l’impression de le connaître depuis longtemps, comme si elle était liée à lui.

      L’escalier mécanique la mène jusqu’au hall de la station. Une station qu’elle ne connait pas. Elle cherche une indication sur les panneaux éparpillés sur les murs. Il lui a donné le nom de la rue, elle devrait être indiquée. Des gens la contourne, alors qu’elle reste immobile au milieu de la foule. Elle est bousculée, perdue. Elle n’aime pas les endroits bondés. Trop de danger, trop d’évènements imprévisibles, trop de psychologies complexes en mouvement.

     Un groupe de skinheads passe et la fixe avec insistance. Ils ont un air de folie. Une lueur dans les yeux qui veut dire qu’elle doit se méfier, faire attention à sa vie. Alors elle baisse les yeux, et se concentre sur ses escarpins jaunes. Lorsqu’elle relève enfin la tête, les skinheads ont disparu, et elle trouve enfin l’indication qu’elle cherchait. Elle se met alors en mouvement, et d’un pas décidé elle monte les escaliers qui vont la mener à l’air libre.

     Lorsqu’elle arrive dans la rue, il pleut des trombes d’eau. Les passants s’empressent de se mettre à l’abri ou de déployer leur parapluie. Mouillé, le pavé devient glissant. Aucun homme ne correspond à la description que lui a donné son rendez-vous. Il y a bien un grand brun à quelques mètres, mais si elle ne se trompe pas ses yeux sont marrons et non pas bleus, et ses cheveux sont coupés bien trop courts. Pourtant lorsque leurs regards se croisent, une étrange chaleur nait dans son ventre, et pendant un court instant elle a l’impression que le sol va se dérober sous ses pieds. Mais l’inconnu tourne les talons et s’en va, comme si il avait attendu quelque chose qui n’arrivera jamais.

     Dépourvue de parapluie, elle choisit de se protéger de la pluie en s’asseyant sur un rebord de fenêtre, un peu à l’écart du reste des passants. C’est alors qu’elle les voit. Ils s’avancent vers elle, échangeant des sourires entre eux. Les chaines accrochées à leurs ceintures se balancent au rythme de leur pas, alourdi par de grosses bottes. Elle regarde ailleurs, espèrant qu’ils ne la remarqueront pas. Mais elle sait qu’il est déjà trop tard.

     Les trois hommes s’arrètent à environ deux mètres d’elle, et celui situé entre les deux autres, portant un tatouage qui lui remonte jusque derrière les oreilles et qui semble faire office de leader, lui demande de s’approcher d’un mouvement de l’index.

 





You Stabbed my back-The game is Over.

6 05 2008
Вы нанесли моей спине, игра окончена
U gestoken mijn rug, is het spel afgelopen
Sie Einstich-meinen Rücken, ist das Spiel vorbei
Μπορείτε μαχαίρωσε μου πίσω, το παιχνίδι έχει τελειώσει
छुरा तू मेरी पीठ में , इस खेल से अधिक है




You are directly concerned

1 05 2008

      Je te baise, tu me baises, je te tue, tu me tues, je pars quand tu reviens, je reviens quand tu pars, nous jouons au jeu de la mort, au jeu de l’amour, au jeu de la vie. Si tu pleures je te consolerai, si tu cries je te consolerai, si je pleure tu te moqueras, si je crie tu crieras. Le jour où nos corps se sont mélés, j’ai cru que nous allions rester liés l’un à l’autre, pour un instant, pour une vie. Mais le destin fait que tu t’écartes et te tourne de l’autre côté, vers la table de nuit où le vrai amour t’attend. Je ne fais que passer, je ne suis que la main qui tourne la page d’un livre déjà commencé. Il faut écrire la fin maintenant, qu’elle comporte encore plusieurs chapitres ou qu’il ne reste que quelques lignes, il faut écrire la fin. Mais c’est le syndrôme de la page blanche, tu restes les yeux dans le vide, le stylo à la main, mais l’encre ne coule plus, ta plume est sèche et le temps passe.

      Et le blanc de la page te nargue, se moque de toi et de ton hésitation. Tu as beaucoup écrit, mais tu es baisée par ta propre romance, ta propre vie, tes propres sentiments. Les sentiments te baisent et tu baises mes sentiments. Baise plutôt mon corps, lèche moi plutôt l’amour, suce mon attirance pour toi.

     Prend moi dans la salle de bain, regardons nous dans la glace et sourions à cette luxure qui meurtrit nos chairs. Sourions à la destruction, sourions à la fin du monde, sourions à la terre qui explose et nous gicle dessus, sourions aux morts plus qu’aux vivants, parce qu’eux savent ce qui est vrai, Dieu leur a parlé et leur a dit que nous n’étions que des chiens qui déchargent leurs excréments sur le visage de nos congénères, avant de ne devenir nous même que pourriture puante.

     Je noie les enfants de notre amour sans qu’ils ne se débattent, parce qu’ils sont déjà morts. Ils sont morts depuis que tu regardes de l’autre côté de la route, me reniant, abandonné. Animal qui tourne dans sa cage, j’attend que toi, ma maitresse, vienne me caresser et me nourrir. Je ne te dévorerai pas le bras, j’aime trop tes caresses et les mots que tu me sussures quand tu viens me voir enfin, après avoir nourrit les autres bêtes enfermées.

     Viens enfin, rejoins moi, ne regarde plus par dessus ton épaule, regarde vers l’avant, regarde là où le soleil nous appelle, là où l’horizon n’a pas de fin. Faisons maintenant l’amour. Viens enfin avec moi, et laisse moi te montrer notre réalité, même si elle mène à la mort et à la destruction du monde. De toutes façons il est pourrit, le monde.

 





Georgia

26 04 2008

     La musique résonnait dans les écouteurs. Il pensait à la vie, la vie qui fait pleurer. Celle qui est souvent si triste et parfois si dure. Ca avait été une des journées les plus pourries de son existence, et Dieu sait qu’il en avait vécu des journées comme ça. Il y a des jours ou on sait que rien n’ira, que c’est foutu d’avance. Pour lui les journées sont presque toujours comme ça. Quand il se lève le matin, il n’a qu’une envie, c’est de se recoucher. Pourtant il faut bien sortir du lit, et prendre un petit déjeuner, enfiler des vétements que parfois on deteste, pour ensuite voir des gens qu’on a pas envie de voir, alors qu’on n’arrive pas à voir les gens avec qui l’on voudrait être.

     Le chanteur disait « I guess I’m going to give up ». C’est un peu ce que lui se disait aussi. Aujourd’hui il avait passé une journée de plus à trainer dans des fringues sales. La pluie frappant les carreaux au dehors, il était resté là, la main dans les cheveux, le regard dans le vide. Ce n’est pas de la dépression, c’est du réalisme. Même si les premières notes de la chanson donnent le sourire, la suite est toujours triste, quelles que soient les paroles ou les derniers accords. Ne serait-ce que parce que c’est la fin. « I’m sorry if I made you wanna cry ».

     Lui aussi il est désolé. Désolé de ne pas vouloir continuer. « Raining on me, and I’m waiting on you » Il le fera pourtant, parce qu’il ne fait pas partie des gens qui se font crever. Il préfère prendre les choses avec cynisme. Avec cynisme et parfois même un certain amusement. Alors il traite les gens comme ils méritent d’être traités, pour la plupart comme de pauvres cons sans intérêt. Si seulement les gens savaient comme il les considère. Enfin surtout dans les mauvais jours, et il y en a beaucoup. « It just seems I can’t get it right today ».

     Les journées s’enchainent, et se ressemblent horriblement. Seules quelques unes sortent du lot, et lui apportent un bonheur immense. Mais est-ce que ces putains de belles journées valent vraiment la peine ? La majorité répondra que oui. Mais lui, il se demande parfois si il ne vaut pas mieux vivre malheureux en permanence, plutôt que d’accepter qu’on lui enlève des instants de bonheur trop courts. Il ne faut pas s’habituer au bonheur, parce qu’il finit toujours par se sauver, et la descente est d’autant plus dure à supporter. Alors sans bonheur, on sait à quoi s’attendre. « Oh and darling I got so jealous ».

     Clopes sur clopes. C ’est presque une devise. Et puis c’est ce connard d’acteur qui s’en allume une à la télé. Une série nulle à chier sur la détresse de pauvres adolescents américains, avec leurs chagrins d’amour. Une bande son d’un new-yorkais aux origines irlandaises qui joue de la guitare sèche avec une voix torturée, accompagné de percussions plus ou moins joyeuses. « I can see blue in the sky when it’s raining ». L’un des ados vient de se taper une fille avec une paire de nichons refaits. Elle est censée avoir 17 ans, mais dans la réalité elle en a 22, et complexée par sa poitrine, elle a bossé pendant des mois comme serveuse pour le Starbucks de la 54ème pour se faire opérer. Le garçon lui a 23 ans, et il se rase trois fois par jour pour avoir l’air d’un lycéen. « And my love opened the door ». Tout ça ça le dégoute, ces lèvres qui se touchent, ces langues qui s’enroulent, ces corps qui s’enlacent. Et cette putain de musique. « And my love opened the door ».

     « Just wishing you were here with me».Un petit verre de whisky. Pas pour faire comme les grands, il a passé l’âge. Juste pour se rincer un peu la gorge. Et puis ça fait un peu cinéma, ce type tout seul dans son salon qui boit un verre. Pour un peu il pourrait se mettre à écrire des romans. Il vivrait comme un chien chez lui, bossant toute la journée sur son Mac. Café, clope, café, clope, whisky, assiette sur les genoux, boulettes de papiers sur lesquelles il aura noté des idées. Il ferait des romans décadents sur la societé. Des romans ou il mélerait meurtres, sexe et drogue. Des romans rock’n'roll avec des mecs qui se cament pour sauter leur femme. Des femmes et des hommes qui se trompent, se déchirent, se crachent dessus et se tailladent les veines. « I remember the day you came back ».

     Encore une journée pourrie. La même que la veille. Il y a trop d’idées qui tournent dans sa tête. Trop de questions. « I give you love but it ain’t enough ». Il n’arrive même plus à se concentrer sur quoi que ce soit. Son esprit divague, se concentre sur une chose, puis sur une autre, sans qu’il puisse se fixer. « And we watched all the street performers ». Il plonge la tête dans ses paumes, et se met à pleurer. « Green, green, green, the color of your eyes ».

     Y’a que les lopettes qui chialent comme des gamins. Ca aussi il a passé l’âge. Arrête de pleurer crétin. Les mecs dans les films ils encaissent. Parce que la vie c’est qu’un film. « And I saw the prettiest people, they were kissing in the street ». Le réalisateur est nul, et les acteurs sont souvent encore pires. Parfois il y a des révélations, mais ça ne dure pas, la célébrité est éphémère. « Early in the morning ».

     Ca y est, il a arrêté de pleurer. Il a serré les dents, sorti son colt, et tiré dans les bouteilles vides pour se défouler. « It just seems I can’t get it right today ».





1784

26 04 2008

     Soyons fous ma belle, prenons le chemin du plaisir, de la chair et de l’esprit. Exacerbons nos sentiments et partons pour un voyage de souffrance qui meurtrira nos corps autant que notre coeur. Soyons libertins jusqu’à ce que l’on nous enferme, ainsi les barreaux froids marqueront ton dos quand nos corps se mêleront dans l’enfer glacé de la prison.

     Oh, je tourne et le monde paraît aller si vite. Je me sens si léger ! L’envie me prend tout à coup de goûter tes lèvres encore une fois. Laisse donc mes doigts parcourir ton corps. Laisse moi retrouver tes hanches et le galbe de tes seins. Ferme les yeux. Comme je t’aime ma belle, ne sens tu pas que le monde nous appartient ?

     Baisse les yeux et regarde comme l’écume des vagues frappe la falaise. Le navire va partir et l’équipage ne nous attendra pas si nous ne nous hatons. L’ancre ne sera ensuite jetée que si le bonheur s’arrête. Embarquons maintenant et laissons ce rafiot nous conduire vers l’horizon, que ce soit l’éternité ou la mort qui nous y attende. Nous sommes libres et la vie nous veut.

     Prend ma main et tournoyons ensemble dans les rues pavées. Crions notre joie pour que les âmes décédées sortent de leur tombe. Les bras nécrosés sortiront de terre pour que les démons s’extirpent des enfers.

     Mesmer et sa société ne sont pas loin ma belle, qu’il nous aimante s’il le veut, ce n’est pas d’hystérie que nous sommes frappés, mais de vérité. Crions la sur les toits, prouvons à la vie qu’aujourd’hui est jour des possibles. Dieu a créé le monde et le dépose dans tes mains. Regarde comme la planète glisse entre tes doigts. Fais la glisser entre tes jambes, elle a besoin de chaleur, avant que tout ne s’arrête.

     Viens ma belle, laissons nous emporter par les forces qui nous appelent, elles nous promettent la perfection telle que nous la rêvons tous deux.

     Viens ma belle, viens ma belle, viens, avant que tout ne s’arrête.





Bloody screen

3 04 2008

     Les images défilent à toute vitesse. Cela fait des heures que ça dure. Je commence à avoir mal au crâne. Je sens des picotements dans mes orbites. Je suis incapable de bouger. Je reste là, la bouche ouverte. Les images que je vois défiler sont mes souvenirs. J’entend une voix. Elle me dit de ne jamais oublier d’où je viens, ce que je suis. Elle dit qu’il faut que je me souvienne. Me souvenir de quoi ?

     Je ne suis plus qu’une enveloppe charnelle. J’ai l’impression que mon cerveau est anesthésié. La voix me dit que je dois lutter, que je ne dois pas abandonner, ne pas les laisser gagner. Je ne m’en sens pas capable, ils ont déjà remporté la victoire.

     De la bave coule aux commissures de mes lèvres, glissant sur mon menton pour venir s’écraser sur mon torse. Où suis-je ? Il fait noir. La lumière blanche qui m’éblouissait s’évanouit autour de moi, et bientôt je n’y vois plus rien.

     Seules les images continuent de défiler. Ils arrivent, je le sens. La peur m’envahit. Je sens mes viscères se nouer, je me sens partir. La voix me dit que je peux résister, que je dois résister, que s’ils parviennent à leurs fins ce sera la fin de notre monde. Ce sera la fin de l’amour, de la beauté, des sentiments. La voix me dit que si je ne fais rien ils nous emporteront ou nous éliminerons selon leurs envies.

     Le nombre d’images diminue. Le nombre d’images diminue de plus en plus. Il n’y a plus d’image. La voix me dit qu’il faut que je me lève, que je reprenne conscience, que j’apprenne à maitriser ce que je ressens. J’ai de plus en plus mal au ventre. J’essaie de bouger les doigts, mais ils sont engourdis.

     Tout à coup je parviens à cligner des yeux. Je sens la force qui revient. La voix devient féminine. Elle me sussure un “oui” langoureux. Je me relève doucement. Je me met sur les coudes et je regarde autour de moi, mais je ne distingue rien. Il faut que je m’habitue à l’obscurité. Je ferme les yeux. C’est douloureux, mais je me force. Je sens qu’ils s’humidifient. La douleur s’échappe.

     Lorsque je les ouvre à nouveau, je distingue la pièce dans laquelle je me trouve. Le sol est métallique, tout comme le siège dans lequel je suis assis. Les murs sont en briques. Il fait froid. Je tremble. La voix recommence à chuchoter. Elle m’appelle. J’essuie la bave autour de ma bouche d’un geste de l’avant-bras. Je me lève. Je distingue une porte en face de moi. Les battements de mon coeur s’accelèrent. Je peux m’en sortir. Peu importe qui sont ceux qui m’ont amené ici, je peux leur échapper. La porte s’ouvre sur un couloir, faiblement illuminé par quelques plafonniers. Puis je la vois. Elle est là, dans l’embrasure de la porte. Elle est belle. Elle semble mal en point. Je lui demande qui elle est. Elle ne répond pas, alors je m’approche doucement. Elle reste immobile.

     Mes jambes sont douloureuses. J’ai l’impression que je n’ai jamais appris à marcher. Mes pas sont hésitants. Je parviens à m’avancer jusqu’au mur. Je m’appuie sur celui-ci et je prend une grande inspiration.

     Elle est toujours là, sans avoir bougé d’un iota. Je m’écarte du mur, poussant sur mes mains et je m’approche encore un peu d’elle. Elle en fait de même. Lorsque nous parvenons à hauteur l’un de l’autre, je m’écroule dans ses bras. La voix gémit. J’ai l’impression que ça l’excite.

     Ce n’est pas elle qui a parlé. Je me laisse doucement glisser à ses pieds, à genoux devant elle. Elle s’agenouille aussi et glisse sa main dans mes cheveux. Elle me regarde fixement. Ses yeux me troublent. Malgré l’obscurité je perçois que leur couleur est intense, transperçante. Elle me caresse la tête. Pendant ce temps la voix continue de crier de plus en plus fort, donnant l’impression qu’elle va atteindre une sorte d’orgasme malsain et pervers.

     Elle approche son visage du mien, doucement. Nos nez se touchent. Elle incline légèrement la tête, et maintenant ce sont nos lèvres qui se frôlent. Lentement, elle m’embrasse. Elle passe sa langue sur ma lèvre inférieure, puis sur ma lèvre supérieure. Maintenant la voix hurle. Elle hurle à la mort.

     La fille cesse de m’embrasser. Son visage s’écarte du mien. Un sentiment de plénitude m’envahit. Je me sens sauvé. L’être qui me dévisage s’approche à nouveau, et vient poser ses lèvres dans mon cou, puis je sens sa langue sur ma peau. Tout à coup elle me mord, Elle me mord si fort qu’elle fait couler mon sang. Elle me fait mal. Elle enfonce ses dents dans ma chair, et le sang, mon sang, se met à gicler abondamment, inondant mes vêtements bientôt trempés. Elle retire ses crocs et me regarde à nouveau. Son visage est rouge, souillé d’hémoglobine. Je porte la main sur ma blessure pour arrêter l’hémorragie, mais je sais que c’est inutile. La voix éclate de rire. Mes forces me quittent. Comme une réponse à la voix, la fille esquisse un sourire. Je ferme les yeux et je m’écroule. Ma tête heurte violemment le sol. C’est fini. Je suis libre.





Gone (not yet)

25 03 2008

Elle était là, sur ce lit aux draps blancs portant le nom de l’établissement. Pliée en deux sur le côté, elle semblait attendre une fin trop longue à venir. Les sourcils froncés, on aurait dit qu’elle tentait désespérément de se rappeler sa vie, sa jeunesse, ses amours, le nom de ses enfants et celui de son frère. Mais peu de choses lui revenaient. Juste quelques bribes de souvenirs, les images d’un passé qui parait aussi lointain que lui semble l’être l’heure de sa mort. Elle a l’impression d’être perdue. Le temps flotte, immobile. Les horloges se sont arrêtées. Rien ne bouge. Elle se demande où est passée la vie, où est passée sa famille. Moi je le sais. Ils sont partis pour le week-end, tous ensemble, la laissant se faire lentement happer par une éternité déjà trop longue.

Ses bras portaient les stigmates des tentatives de perfusion, affichant des ecchymoses d’un bleu presque noir. Considérablement amaigrie, sa peau, presque transparente, laissait percevoir ce qui lui restait de muscles, et ses veines formaient des bosses verdâtres sur tout son corps.

Elle est devenue laide. Elle est devenue l’image de la mort, alors qu’à l’extérieur on prone la beauté, la richesse, le pouvoir, la jeunesse et la bonne santé. Le paradoxe est frappant. Sa chambre n’est qu’une transition entre notre monde et un autre. Notre monde est parti sans elle, ou peut-être est-ce l’inverse. Elle voudrait rester parmi nous, mais qui vit, meurt forcément un jour.





The woods and the man

13 10 2007

Communauté Amish, Pennsylvanie, au nord de la route 99, USA.

          Durant le mois de Novembre 1976, un homme terrorise une communauté Amish, battant à mort les enfants de cette dernière. Les victimes ont le crâne défoncé, manifestement à main nue. L’homme fait 5 morts, puis s’arrête mystérieusement en Decembre 1976.

          La foret avoisinante étant interdite aux habitants pour des raisons de folklore, aucun d’eux ne s’y risque jamais. Pourtant, un petit garçon curieux questionne ses parents sur les raisons de cette interdiction. Sans en justifier la raison, ceux-ci défendent formellement à leur enfant de s’aventurer dans les bois. Bravant l’autorité parentale, le petit s’y aventure tout de même, et ne revint jamais.

          C’est en 1984 que la communauté est dissoute. Un quartier résidentiel est construit à son emplacement, et c’est en balisant la foret que l’on découvre les restes d’un garçon d’environ 10 ans, les mains attachées dans le dos à l’aide d’une épaisse corde. C’est en questionnant les habitants de l’ancien groupe Amish, que les dirigeants de celle-ci confient qu’il s’agit probablement du cadavre du fils d’un couple de la communauté, disparu en 1977. Les personnes interrogées avouent également s’être débarassées d’un assassin fin 1976 en l’attachant au tronc d’un arbre de la foret. Selon les conclusions des enqueteurs, le jeune garçon s’étant aventuré dans les bois serait tombé sur l’homme ligoté, et pour des raisons inconnues l’aurait libéré, signant ainsi son arrêt de mort.





My Angel is dead

23 09 2007

“-Ce n’est pas comme ça que ça se passe, dit-il.

Son visage portait les stigmates des nombreuses batailles auxquelles il avait participé. Les dizaines de cicatrices qu’il portait le faisaient ressembler à un vieillard. Son aile gauche, attachée dans son dos par une sorte de bandage qui lui ceinturait le thorax paraissait morte.

-L’Eternel a été tué il y a bien longtemps, et les portes du Paradis sont depuis fermées. Les hordes du dessous ont colonisé les cieux, et malgré nos efforts, nous n’arrivons pas à leur reprendre. Nous ne sommes plus très nombreux, et ceux qui restent sont à bout de force, tandis que les damnés rejoignent les rangs de nos adversaires. Nos blessures ne guerissent plus.

En boitant, il s’avança vers moi. Un morceau de bois transperçait sa cheville, laissant s’échapper un filet de sang. La longue blessure qui barrait sa cuisse, suturée avec une branche de ronces, semblait sur le point de se réouvrir.

-Je ne suis ici que pour prévenir les âmes qu’elles ne pourront reposer en paix. Je ne pourrais pas te donner tes ailes, il ne m’en reste moi même plus qu’une, et le sang séché colle ses plumes dans mon dos. Je dois te dire la vérité, nous ne gagnerons pas la guerre. Plus aucun mort ne pourra rejoindre l’Eden. Tu dois faire demi-tour. Rejoins ton corps, et laisse l’obscurité t’envahir.

Il tourna les talons, saisit le glaive appuyé sur le mur, et franchit la porte par laquelle il était entré. Je fus éblouit par une lumière blanche, intense, puis je revins dans mon corps, désarticulé sur le bord de la route. Mes yeux se fermèrent, et puis plus rien. J’étais mort. 





Just strange

28 05 2007

      Avez-vous déjà ressenti cette sensation d’une présence ? En arrivant dans un pièce sombre, l’impression que derrière vous se dresse une vieille dame squelettique, ou un homme aux yeux rouges, une hache à la main et un sourire de marionnette… Ce genre de sentiments qui vous poussent a vous coller aux murs pour avancer, de peur qu’une main en décomposition vienne vous faire frissonner des ses caresses morbides…Vous regardez le detecteur de mouvements de la pièce, il s’affole. Seul problème, vous êtes immobile. Que faites vous dans ces cas là ? Moi je cours pisser, et je retourne me coucher. Bien sur, je n’ai plus l’âge de regarder sous mon lit, mais je n’eteins pas la lampe de chevet, et je regarde la porte de ma chambre. Inévitablement, vous entendez un souffle, et des pas , mais fatigué comme vous etes, vous n’y croyez pas. Vous décidez donc d’éteindre la lumière. Et vous vous endormez. Vous avez eu tort. Un matin, après une soirée comme celle-ci, je me suis dis que toutes ces petites conneries qui nous font frémir, ces souffles, ces frottements, ne sont peut-etre pas toujours anodins. Je ne vais pas essayer de vous faire croire aux fantomes, moi même je trouve ça idiot. Mais il vous est surement deja arrivé de chercher un magasine que vous etes sur d’avoir laissé sur le canapé. Le chien ne l’a pas bouffé, vous n’avez pas de chien. Mais alors ou est votre putain de lecture ? Et bien pas la moindre idée. Enfin vous allez le retrouver sous votre lit. Vous ne croyez bien entendu pas à “la petite souris”, et vous resterez avec votre mystere du magasine perdu. Arès tout, ce n’est pas plus bizarre que le couteau qui est tombé du plan de travail de la cuisine alors que vous étiez aux chiottes. Toutes ces petites choses, on y pense pas sur le coup, mais quand on y réfléchi, et qu’on les ajoute, ça fait parfois flipper.
Et si ce n’est pas le cas, pensez au jour ou, après etre entré dans votre bureau, la planche de bois qui était derrière la porte, et que vous devez clouer depuis trois mois, l’a violemment fermée, blocant la poignée, et vous enfermant. Après le couteau est tombé. Bon, ok, vous n’etes pas dans la cuisine, mais ça aurait pu etre le cas.
Et si tout ça vous arrive, surtout, ne paniquez pas, restez calme, ne vous noyez pas dans l’alcool et ne vous suicidez pas, vous etes seulement en danger : vous devenez dingue…