Gone (not yet)

25 03 2008

Elle était là, sur ce lit aux draps blancs portant le nom de l’établissement. Pliée en deux sur le côté, elle semblait attendre une fin trop longue à venir. Les sourcils froncés, on aurait dit qu’elle tentait désespérément de se rappeler sa vie, sa jeunesse, ses amours, le nom de ses enfants et celui de son frère. Mais peu de choses lui revenaient. Juste quelques bribes de souvenirs, les images d’un passé qui parait aussi lointain que lui semble l’être l’heure de sa mort. Elle a l’impression d’être perdue. Le temps flotte, immobile. Les horloges se sont arrêtées. Rien ne bouge. Elle se demande où est passée la vie, où est passée sa famille. Moi je le sais. Ils sont partis pour le week-end, tous ensemble, la laissant se faire lentement happer par une éternité déjà trop longue.

Ses bras portaient les stigmates des tentatives de perfusion, affichant des ecchymoses d’un bleu presque noir. Considérablement amaigrie, sa peau, presque transparente, laissait percevoir ce qui lui restait de muscles, et ses veines formaient des bosses verdâtres sur tout son corps.

Elle est devenue laide. Elle est devenue l’image de la mort, alors qu’à l’extérieur on prone la beauté, la richesse, le pouvoir, la jeunesse et la bonne santé. Le paradoxe est frappant. Sa chambre n’est qu’une transition entre notre monde et un autre. Notre monde est parti sans elle, ou peut-être est-ce l’inverse. Elle voudrait rester parmi nous, mais qui vit, meurt forcément un jour.