Georgia
26 04 2008La musique résonnait dans les écouteurs. Il pensait à la vie, la vie qui fait pleurer. Celle qui est souvent si triste et parfois si dure. Ca avait été une des journées les plus pourries de son existence, et Dieu sait qu’il en avait vécu des journées comme ça. Il y a des jours ou on sait que rien n’ira, que c’est foutu d’avance. Pour lui les journées sont presque toujours comme ça. Quand il se lève le matin, il n’a qu’une envie, c’est de se recoucher. Pourtant il faut bien sortir du lit, et prendre un petit déjeuner, enfiler des vétements que parfois on deteste, pour ensuite voir des gens qu’on a pas envie de voir, alors qu’on n’arrive pas à voir les gens avec qui l’on voudrait être.
Le chanteur disait « I guess I’m going to give up ». C’est un peu ce que lui se disait aussi. Aujourd’hui il avait passé une journée de plus à trainer dans des fringues sales. La pluie frappant les carreaux au dehors, il était resté là, la main dans les cheveux, le regard dans le vide. Ce n’est pas de la dépression, c’est du réalisme. Même si les premières notes de la chanson donnent le sourire, la suite est toujours triste, quelles que soient les paroles ou les derniers accords. Ne serait-ce que parce que c’est la fin. « I’m sorry if I made you wanna cry ».
Lui aussi il est désolé. Désolé de ne pas vouloir continuer. « Raining on me, and I’m waiting on you » Il le fera pourtant, parce qu’il ne fait pas partie des gens qui se font crever. Il préfère prendre les choses avec cynisme. Avec cynisme et parfois même un certain amusement. Alors il traite les gens comme ils méritent d’être traités, pour la plupart comme de pauvres cons sans intérêt. Si seulement les gens savaient comme il les considère. Enfin surtout dans les mauvais jours, et il y en a beaucoup. « It just seems I can’t get it right today ».
Les journées s’enchainent, et se ressemblent horriblement. Seules quelques unes sortent du lot, et lui apportent un bonheur immense. Mais est-ce que ces putains de belles journées valent vraiment la peine ? La majorité répondra que oui. Mais lui, il se demande parfois si il ne vaut pas mieux vivre malheureux en permanence, plutôt que d’accepter qu’on lui enlève des instants de bonheur trop courts. Il ne faut pas s’habituer au bonheur, parce qu’il finit toujours par se sauver, et la descente est d’autant plus dure à supporter. Alors sans bonheur, on sait à quoi s’attendre. « Oh and darling I got so jealous ».
Clopes sur clopes. C ’est presque une devise. Et puis c’est ce connard d’acteur qui s’en allume une à la télé. Une série nulle à chier sur la détresse de pauvres adolescents américains, avec leurs chagrins d’amour. Une bande son d’un new-yorkais aux origines irlandaises qui joue de la guitare sèche avec une voix torturée, accompagné de percussions plus ou moins joyeuses. « I can see blue in the sky when it’s raining ». L’un des ados vient de se taper une fille avec une paire de nichons refaits. Elle est censée avoir 17 ans, mais dans la réalité elle en a 22, et complexée par sa poitrine, elle a bossé pendant des mois comme serveuse pour le Starbucks de la 54ème pour se faire opérer. Le garçon lui a 23 ans, et il se rase trois fois par jour pour avoir l’air d’un lycéen. « And my love opened the door ». Tout ça ça le dégoute, ces lèvres qui se touchent, ces langues qui s’enroulent, ces corps qui s’enlacent. Et cette putain de musique. « And my love opened the door ».
« Just wishing you were here with me».Un petit verre de whisky. Pas pour faire comme les grands, il a passé l’âge. Juste pour se rincer un peu la gorge. Et puis ça fait un peu cinéma, ce type tout seul dans son salon qui boit un verre. Pour un peu il pourrait se mettre à écrire des romans. Il vivrait comme un chien chez lui, bossant toute la journée sur son Mac. Café, clope, café, clope, whisky, assiette sur les genoux, boulettes de papiers sur lesquelles il aura noté des idées. Il ferait des romans décadents sur la societé. Des romans ou il mélerait meurtres, sexe et drogue. Des romans rock’n'roll avec des mecs qui se cament pour sauter leur femme. Des femmes et des hommes qui se trompent, se déchirent, se crachent dessus et se tailladent les veines. « I remember the day you came back ».
Encore une journée pourrie. La même que la veille. Il y a trop d’idées qui tournent dans sa tête. Trop de questions. « I give you love but it ain’t enough ». Il n’arrive même plus à se concentrer sur quoi que ce soit. Son esprit divague, se concentre sur une chose, puis sur une autre, sans qu’il puisse se fixer. « And we watched all the street performers ». Il plonge la tête dans ses paumes, et se met à pleurer. « Green, green, green, the color of your eyes ».
Y’a que les lopettes qui chialent comme des gamins. Ca aussi il a passé l’âge. Arrête de pleurer crétin. Les mecs dans les films ils encaissent. Parce que la vie c’est qu’un film. « And I saw the prettiest people, they were kissing in the street ». Le réalisateur est nul, et les acteurs sont souvent encore pires. Parfois il y a des révélations, mais ça ne dure pas, la célébrité est éphémère. « Early in the morning ».
Ca y est, il a arrêté de pleurer. Il a serré les dents, sorti son colt, et tiré dans les bouteilles vides pour se défouler. « It just seems I can’t get it right today ».


