Chapter I
Il descendit de sa voiture, après l’avoir garée devant la maison, dans l’allée. C’était une simple Ford Taurus de 2003. Il claqua la portière, verrouilla le véhicule par l’intermédiaire de sa clé à distance, et s’avança vers le porche de la maison, suivant le chemin de gravier qui y menait.
La maison était batie de planches de bois de faible largeur, toutes peintes d’un blanc cassé. Les fenêtres étaient équipées de rideaux d’un autre age, et le toit était tellement abimé qu’il aurait pu s’écrouler au moindre mouvement du sol.
Montant les escaliers, il aperçut sur le sol d’étranges taches rouges, semblables a du sang. Il passa son doigt sur le liquide, et le sentit dans le but d’y déceler quelque odeur qui aurait pu lui indiquer sa provenance. Il ne parvint pas à identifier la substance. Inquiet, il poursuivit lentement son chemin vers la petite porte couleur bois. Arrivé devant, il constata qu’elle était entrouverte. Le son de la télévision lui parvenait jusqu’aux oreilles, et il reconnut les bruitages caractéristiques issus des cartoons que regardaient régulierement ses enfants.
Il poussa la porte, et pénetra à l’intérieur du batiment …
Le bruit de ses pas raisonna sur le parquet flottant du couloir. Il se déchaussa, se dirigea vers le living-room, et y trouva la télévision allumée, comme il l’avait supposé. Mais personne n’était assis dans le canapé qui faisait face à l’appareil. Il appela sa femme, a plusieurs reprises, mais sans résultat. Il sortit de la pièce et il avança vers la cuisine. La parcelle de sol qui y menait était maculée de taches rouges, d’un rouge sombre, comme celui qui caractérise les rideaux d’un théâtre… De plus en plus inquiet, il tenta a nouveau d’interpeler son épouse, toujours sans résultat. Une boule d’angoisse commençait déjà à lui dévorer l’estomac, et sa déglutition s’avera de plus en plus délicate. Il parvint enfin à la cuisine, mais il n’y trouva personne. Un objet était posé sur le plan de travail. Il s’en approcha, et il reconnu son tournevis, normalement rangé dans sa boite à outils. Il le saisit, et y observa les memes traces que celles qu’il avait précedemment aperçues sur le sol…
Rongé par le doute, il fit un tour sur lui même, de manière à observer la pièce sous chacun de ses angles. Rien ne semblait être different des autres jours, hormis ce silence profond, à peine perturbé par le bruit de la télévision. Il retourna dans le salon, et il éteignit le téléviseur. Il s’assit quelques secondes sur le sofa afin de mettre un peu d’ordre dans ses idées. Il avait trouvé la porte ouverte, personne n’était présent à la maison. Et il y avait ces traces. Des traces de sang manifestement.
Il prit la décision de parcourir toute la maison à la recherche d’indices qui pourraient lui donner une idée du sort de sa famille. Il se dirigea vers la chambre des enfants, au rez-de-chaussée. Une fois la porte poussée, il decouvrit les lits de ses deux bambins rapidement faits, comme si l’on avait voulu donner un semblant d’ordre à la pièce. Les jouets étaient empilés au pied du coffre qui leur servait habituellement de rangement. Un ours en peluche, auquel il avait toujours manqué une oreille, était face contre terre à droite du premier lit. Willy detestait pourtant que sa peluche soit négligée. Sur le deuxième lit, la poupée sans cheveux de Ely était assise contre l’oreiller, la robe relevée.
Cette fois il ne decouvrit aucune tache suspecte. La tapisserie, aux motifs colorés était impeccable. Le tapis était bien en place, et les rideaux étaient fermés. Il repensa à la couleur des rideaux. Ceux du théatre. Alors qu’il avait presque oublié l’aspect dramatique de sa situation, l’angoisse s’établit à nouveau en lui, faisant trembler ses mains et perler la sueur sur son front. Ne supportant plus la vision de cette pièce vide, il la quitta. Bien décidé à connaitre le fin mot de l’histoire, il se précipita dans la salle de bain, ouvrant la porte à la volée. Rien. Définitivement rien. Il lança les produits de beauté posés sur le lavabo à travers la pièce, saisit par la rage et l’inquietude.
Grimpant a toute vitesse les escaliers menant à l’étage, il trébucha et heurta les marches de son genou droit. Une douleur effroyable le lança dans toute la jambe. Malgré cela, il s’élança de nouveau, boitant comme un canard. Arrivé sur le palier, il s’arreta quelques instants, les mains sur son genou blessé. Il sentit du sang couler le long de son tibia. Il souleva son pantalon et saperçut qu’il s’etait entaillé au niveau de la rotule. Il enleva sa cravate, et en fit un garrot, tout en sachant que c’était probablement inutile. Il se remit en marche, hésitant quant à la première porte qu’il ouvrirait. A droite, la chambre conjugale et la chambre d’amis, à gauche le bureau, et au fond du couloir, la seconde salle de douche. Il remarqua qu’une raie de lumière filtrait à travers la porte du bureau. Il claudiqua jusqu’à celle-ci, et l’ouvrit avec conviction. Il decouvrit que la pièce avait été fouillée. La bibliothèque était renversée, et tous les livres qui y étaient posés étaient éparpillés sur la moquette. Son bureau, sur lequel reposaient ses dossiers les plus important avait était poussé contre la fenêtre, au fond de la pièce. Hier encore il travaillait sur un nouveau projet que lui avait confié une grande chaine de magasins, en vue de la construction d’un nouveau centre commercial du côté de St.Poplar avenue. Il avait accepté le projet sans hésitation, ses enfants étant scolarisés à l’école Saint Bridget, il n’aurait pas loin à aller pour aller les chercher.
Après avoir parcourut la pièce du regard, il fit demi tour, frustré de ne rien avoir trouvé, et surtout en colère de voir le travail de plusieurs semaines foutu en l’air. Il traversa le couloir pour s’interesser à la chambre conjugale. Son genou le lancait de plus en plus. Toutefois, animé par un instinct paternel qu’il ne s’était jamais soupçonné, il parvenait a rester debout. Il s’écroula contre la porte, qui s’ouvrit sans résistance. Un spectacle similaire à celui qui l’avait heurté dans la pièce précedente s’offrit à lui. Le désordre qui régnait dans la chambre était effrayant. Plusieurs décennies de négligence auraient été nécessaire pour obtenir le même résultat de façon naturelle. Sans prendre la peine d’allumer la lumière, il s’avança. Il sentait sous la plante de ses pieds les vetements qui remplissaient auparavant le placard du couple, ce qui ne l’avantagait pas dans son état physique actuel. En tentant de repousser chaque obstacle du bout des orteils, il progressa lentement. Il finit par mettre le pied sur un objet piquant, pour ne pas dire coupant. Il souleva tant bien que mal la jambe afin de sentir de la main l’objet en question. Du verre. De minuscules morceaux de verre lui entaillaient le pied, laissant s’échapper un mince filet de flux sanguins de par les microscopiques plaies. Il regretta amèrement d’avoir enlevé ses chaussures de chantier en entrant dans la maison. Finalement, il décida d’utiliser l’interrupteur commandant le plafonnier, ce qui lui éviterait de se blesser à nouveau. Eblouit par la lumière soudaine, un temps d’adaptation lui fut nécessaire avant d’ouvrir à nouveau les yeux. Il regretta aussitot son choix de rétablir la luminosité dans la pièce. Le lit était couvert de sang, et une longue trainée du meme liquide parvenait jusqu’à la porte.
Chapter II
Un oiseau vint percuter la fenetre, le faisant sursauter de frayeur. Il fut tellement surpris qu’il en perdit l’equilibre, se retrouvant couché sur le lit. Dégouté par la marre de sang qui détrempait le matelas, il s’empressa de se remettre debout, sans se soucier de son genou. Il n’y avait manifestement rien dans la chambre du couple qui pourrait lui en dire plus sur le sort de sa famille. Il se ravisa donc, faisant attention de ne pas marcher une seconde fois sur le verre brisé.
Soudain, un nouveau bruit le fit sursauter. Il tendit l’oreille, et réalisa qu’il s’agissait de la porte de la chambre d’amis qui venait de claquer. Son coeur se mit à battre la chamade. Il y avait quelqu’un à l’étage. Il se déplaça jusqu’à la porte, et observa le couloir, qui était vide, comme il l’avait prévu. Il supposa que la personne qui venait d’activer la porte était entrée, et non pas sortie de la pièce. Il jeta un coup d’oeil en arrière, et il saisit la lampe qui se trouvait dans le coin de sa chambre. S’il tombait nez à nez avec un individu hostile, il s’en servirait comme arme. Silencieusement, il se plaça contre la porte menant à la seconde chambre de l’étage. Il posa sa main gauche sur la poignée, et la fit pivoter doucement vers la gauche. Puis, brusquement, il fonça à l’intérieur. Rien. Seul le plafonnier se balançait au dessus de sa tête. Il sentit une masse dure et rigide sur sa nuque, et il plongea dans l’obscurité. Quelqu’un avait éteint la lumière …
Chapter III
“On nous signale un incident au niveau de la rue St.P, une voisine aurait entendu des cris en provenance de la maison mitoyenne, c’est un code 10/22, des unités sont déjà sur place”. La radio venait de grésiller. L’agent Adkins venait de finir son donut. Il tourna la clé de contact et demarra la voiture portant la mention “CPD”. Il était le seul à être de service ce soir là. Le quartier était calme, les effectifs étaient donc réduits le samedi soir.
Pourtant, l’appel du central semblait avoir mobilisé un certain nombre de véhicules, et les sirènes retentissaient à quelques rues de sa position. Il décida de se rendre sur les lieux de l’incident.
Adkins arriva sur les lieux une dizaine de minutes plus tard. D’autres unités avaient déjà bouclé le périmètre. Des bandes jaunes faisaient le tour des chênes bordant l’allée, indiquant “Crime Scene, do not cross”. L’agent descendit de la voiture. Après vingt sept années de service, ses tempes étaient grisonnantes, et les cernes sous ses yeux étaient de plus en plus marquées. Il commençait à avoir un ventre rassurant, comme celui d’une femme en début de grossesse, et ses mains étaient légèrement potelées.
-Salut Henry, l’interpela un policier.
-Salut Joel”. Il avait répondu avec lassitude.
-Faudrait que tu penses à faire un petit régime et à arreter la bière mon vieux, ça commence à se voir !
-Quand ta femme arretera de se faire sauter par le voisin, j’y penserait.
Il s’éloigna, sans preter attention aux protestations de Joel. La femme de son ami le trompait depuis des années. Surement la faute aux interventions tard le soir. Pourtant, il navait jamais demandé le divorce. Selon Adkins, il était totalement dépendant de son épouse.
L’agent s’avança vers la maison, et fut arreté par une jeune recrue. Sans un mot, il sortit sa plaque, et l’homme le laissa franchir la ligne. Joel le rejoignit, se courbant pour passer la bande de sécurité. Sur la pas de la porte, les deux policiers enfilèrent des gants en latex, et des chaussons aux teintes bleues pour ne pas détruire les éventuelles preuves. Henry saisit la poignée de la porte, mais un agent l’ouvrit de l’intérieur :
-Par ici messieurs, dit-il avec conviction.
Sans un mot, les deux amis et collègues pénétrèrent dans le hall d’entrée. Tout avait l’air d’etre en ordre. On entendait juste la television, qui deversait son flot de paroles en provenance du salon. Adkins demanda au jeune homme qui leur avait ouvert la porte s’il était au courant de la situation. Celui-ci expliqua que le central avait reçu un appel d’une voisine qui aurait entendu des cris, venant de la maison.
-Des cris de femme ou d’homme ? demanda Joel.
-De femme. Le mari n’était, d’après la voisine, pas encore rentré. Seuls étaient présents Mme West et ses deux enfants, Willy et Ely. Le père travaille sur un chantier au niveau de St.Poplar avenue, il rentre tard chaque jour de la semaine.
La porte d’entrée s’ouvrit. Henry, Joel et le jeune agent passèrent la tête par l’encadrement de la porte du salon pour observer la hall. Apparurent deux hommes en civil. Ils s’avancèrent avec conviction vers les trois policiers. L’un d’eux sortit sa plaque.
-F.B.I, agent Shepard et agent Connely, on prend l’affaire en main, veuillez sortir messieurs. Celui qui avait parlé était un homme aux épaules larges,avait une bonne trentaine d’année, et les cheveux en bataille. Une barbe de plusieurs jours parsemait son visage.
-En vitesse, on a pas que ça a foutre les gars, articula le second agent.
Adkins pensa que ces connards du F.B.I, “Federal Bureau d’Idiotie” comme on l’appelait au poste de police du quartier, avait l’intention de jouer au bon et au mauvais flic. Un cliché pathétique selon lui. Il était depuis quelques années déjà dans les forces de l’ordre, et après deux ou trois affaires abandonnées aux federaux, il avait pu constater qu’ils n’étaient pas plus rapides que la police de quartier. Il hocha la tête en direction de ses deux collègues, et ils sortirent. Du moins c’est ce que l’agent Shepard et l’agent Connely crurent. Intrigué par le fait que le FBI reprenne une affaire qui s’annoncait comme un simple homicide, il decida de rester cacher derrière la porte, de façon à entendre la discution du bon et du mauvais flic. C’était la première fois qu’il faisait ce genre de chose. Pourtant, il ne se sentait pas en tort. Essayant de se camoufler de la meilleure façon possible, il heurta le porte manteau, qui s’effondra bruyamment sur le sol. L’agent Shepard tourna la tête, et s’aperçut de la présence de Adkins.
-On vous a dit de dégager, vous êtes bouché ? cracha-t-il . Sans demander son reste, Adkins se ravisa, et sortit de la maison. Il retrouva au dehors Joel, et il lui raconta l’épisode qu’il venait de vivre. Son ami lui conseilla de ne pas trop se meler des affaires des fédéraux, sous peine de se retrouver à la circulation. Surpris par la réaction de celui-ci, Henry quitta les lieux sans un mot, des questions plein la tête.
Le téléphone sonna dans une pièce au dernier étage d’un bâtiment aux murs de verres. L’homme assis au bureau était vétu d’une chemise blanche, d’un costume antracite, et d’une cravate de la meme couleur. Il éteignit sa cigarette, l’écrasant avec conviction au fond du cendrier débordant de mégots. Il saisit le téléphone. Sans dire un mot, il se contenta d’écouter son interlocuteur :
-L’opération a réussit monsieur.
-Pas d’accrochage ? fit l’homme au costume. L’homme à l’autre bout du fil se tut pendant quelques instants. Il s’éclaircit la voix, et dit de façon hésitante :
-Les flics du coin trouvent louche notre intervention, l’un deux à tenté d’espionner notre unité
-Debrouillez vous pour qu’ils n’aillent pas trop loin, mes supérieurs n’apprécieront pas un battage médiatique, c’est vraiment pas le moment
-Bien monsieur, nous ferons le nécessaire.
Il raccrocha le téléphone, saisit une cigarette dans une boite posée sur son bureau, et l’alluma. Il appuya sur un bouton sur son bureau, et parla dans l’interphone :
-Jill, contactez le directeur, je veux une entrevue avec lui dans les plus brefs délais”. Il n’attendit même pas la réponse de sa secrétaire, et quitta précipitamment la pièce, claquant la porte derrière lui. Arrivé au bout du couloir, il prit l’ascenseur, et pressa le bouton qui lui permettrait d’aller au parking.
Arrivé en bas, il marcha d’un pas vif jusqu’à sa voiture. Alors qu’il ouvrait la portière, la sonnerie de son portable se fit entendre.
-Le directeur vous attend dans son bureau dans un quart d’heure
-Merci Jill. Il penetra dans l’habitacle du véhicule, et mit le contact. Il se rendit jusqu’au “Continental heliport” entre S.Clinton street et S.Canal street.
En entrant dans l’heliport, il se dirigea d’un pas décidé jusqu’au comptoir derrière lequel trônait un homme trapu. L’heliport était relativement récent, et il servait sous couverture au F.B.I, permettant le transport des agents durant leurs missions, ou des dirigeants lors de leurs déplacements. Officiellement, c’était une école de pilotage, et occasionnellement une attraction pour les résidents américains désireux de s’offrir un bapteme de l’air. L’employé à l’accueil lui fit un signe de tête en direction d’une porte que l’homme au costume antracite savait être celle qui menait à la piste de décolage. Il rendit son signe de tête à l’employé, et il poursuivit son chemin.
Arrivé à l’arrière du batîment, il prit place dans l’helicoptère où l’attendait son pilote habituel.
-Garlow, vous savez où vous devez m’emmener ? articula-t-il familièrement.
-Comme d’habitude Monsieur ?
-Exact. Et en vitesse je vous prie.
L’appareil décola.
Deux heures plus tard, l’hélicoptère parvint à destination. Il se posa sur le toit d’un building à l’architecture moderne, mais qui paraissait pourtant avoir été batit il y déjà quelques années. L’homme en costume remercia Garlow, le pilote, et descendit de l’appareil, avant de se diriger vers la cage d’escalier. Il penetra dans le couloir du dernier étage de l’immeuble, et frappa à une porte. Une voix à l’intérieur lui demanda d’entrer, ce qu’il fit immédiatement.
-Portman, vous avez mis un temps fou pour arriver jusqu’ici, vous aviez oublié les hélices de l’helico ? Asseyez-vous, je crois que nous avons à parler.
Portman s’executa sans un mot, le patron avait l’air d’une humeur massacrante. Ce dernier reprit.
-Il me semble que cela fait plusieurs mois que nous sommes sur ce coup, et votre agent aussi. Et vous ne pouvez pas vous empecher de foutre un merdier pas possible. Je ne sais pas ce qui vous passe par la tête en ce moment, mais c’est le deuxième élément de l’équipe que l’on perd, et je vous rappelle que l’on a retrouvé le premier dans une chambre froide sur Ashton Street. Bon, nous savons qu’un groupe essaie de faire tout foirer depuis le début, et il semble qu’il soit en passe d’y parvenir, alors je vous demande de bouger votre putain de popotin, et de me retrouver votre agent dans les plus brefs délais. Vous connaissez ce que ça impliquerait si notre découverte était rendue publique ? Si vous echouez je vous ferais personnellement la peau.
-Oui Monsieur le directeur, répondit Portman, la tête baissée.
-Dégagez de là maintenant, je vous ai assez vu, lança le supérieur de l’agent.
Il sortit du bureau, et prit l’ascenseur jusqu’au dernier sous-sol de l’immeuble, au niveau des laboratoires.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur une petite pièce, dont la seule issue excepté l’ascenseur était gardée par un homme armé. Celui-ci s’écarta pour que Portman se prête à l’analyse rétinienne. Tout le bâtiment était bardé de ces nouvelles technologies, que l’agent trouvait ridicules, aux vues des dernières méthodes de falsification des criminels.
Le laser rouge parcouru l’oeil de ce dernier, puis l’appareil émit un “bip” de confirmation, permettant l’ouverture de la porte.
-Le labo se trouve au bout du couloir, se risqua le garde. Il n’obtint en réponse qu’un bref grognement.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, il ne vit rien. L’obscurité était totale. Sa nuque était douloureuse, mais il lui était impossible de se souvenir ce qui lui était arrivé. Il essaya de se lever, mais se rendit vite compte qu’il était enchaîné au mur. Il posa la main sur celui-ci. La paroi était humide et glissante, comme parsemée de moisissure. Espérant qu’on viendrait l’aider, il appela quelqu’un, n’obtenant comme réponse qu’un bruit d’eau coulant sur le sol froid.
Alors que ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité, il discerna l’encadrement d’une porte, du côté opposé de la pièce. Tirant de toutes ses forces sur ses chaînes, il tendit la main vers la seule issue qui se présentait à lui. La douleur due au fer qui lui liait la cheville était trop forte, et son genou lui faisait mal. Il tâta sa jambe, et effleura une plaie ouverte. Il émit un son difforme, le coeur soulevé par la douleur. Abattu, il s’écroula sur le sol, et s’évanouit.
Portman franchit la porte du laboratoire. Une demi douzaine de scientifiques en blouse blanche s’affairaient sur des tubes à essai et des flacons remplits de liquide incolore.
-Ça avance ? demanda l’agent.
-Bien sûr que ça avance, répondit un des scientifiques. Mais sans faire de tests nous finiront par être bloqués. Nous devons ouvrir à nouveau la zone d’essai.
-La zone 51 est inaccessible pour le moment, et vous en connaissez les raisons.
-Ouais. Le FBI se laisse mener la vie dure par un malade mental, belle preuve de nos capacités.
-Vous me faites chier, prévenez moi quand vous aurez fait plus de progrès.
Portman quitta le laboratoire, et prit l’escalier pour retourner à l’hélicoptère.
Garlow était adossé à l’appareil, un sandwich à la main. En voyant arriver l’agent, il monta dans sa cabine, et attendit les instructions.
-On retourne à la maison, ordonna Portman.Arrivé dans son bureau, il s’installa sur son siège, et alluma une cigarette. Ouvrant un tiroir, il en retira un dossier de grosse épaisseur. Il ouvrit.22/03/2005 Compte rendu :Ce matin, nous avons constaté la disparition d’un de nos agents. Après vérification, celui-ci n’était pas à son domicile, et n’avait pas pris de congés.
Nous avons découvert un mot dans son casier, en voici le contenu :«Je sais ce qui se trame dans ce que vous appelez la zone 51, retrouvez moi à 00h40 devant chez vous, nous avons à discuter. »L’agent a été découvert trois jours plus tard sur Ashton Street, dans une chambre froide, mort, apparent tué à l’aide d’une arme contondante. Nos services supposent qu’il s’agit d’une altercation qui a mal tourné. Après avoir fait subir un interrogatoire à d’éventuels témoins, nous ne sommes pas parvenus à établir un portrait du suspect.
Le « bip » de l’interphone retentit:
-Monsieur Portman, les agents Shepard et Connely sont revenus.
-Faites les entrer.
Quelqu’un frappa à la porte du bureau de Portman. Sans attendre le signal de leur patron, les deux agents entrèrent dans la pièce. Ils s’avancèrent, mais manquèrent d’audace pour oser s’installer sur les deux sièges disponibles.
-Qu’est-ce que vous en avez fait ? Demanda Portman.
-La femme et les mioches entre Desplaines Street et Cullerton Street, enterrés.
-Bien. Et lui ?
-Sous-sol du Wheeler Mansion Hotel, vous voulez lui rendre visite Monsieur ?
-Oui, et tout de suite, ce fils de pute a besoin qu’on le remette dans le droit chemin.
Les trois hommes quittèrent la pièce, et se dirigèrent vers l’ascenseur. Arrivés dans le garage, ils montèrent tous trois dans la voiture à l’immatriculation gouvernementale.
Sous-sol du Wheeler Mansion Hotel, Chicago.
Les coups qui résonnaient sur la porte le tirèrent de sa léthargie.
-On a de la visite pour toi connard !
Etourdi, West ne répondit pas. Son genou lui faisait encore terriblement mal, et les chaines qui l’entravaient ne lui permettaient pas de se préparer à recevoir son visiteur.
Une clef tourna dans la serrure de la porte, et cette dernière s’ouvrit lentement, laissant pénetrer dans sa cellule une faible lumière jaune. Trois hommes en costume entrèrent. Deux d’entre eux restèrent à l’entrée, alors que le troisième, vétu d’un ensemble anthracite s’approcha de lui. Celui-ci sortit de sa poche de veste un paquet de cigarette, et il s’en alluma une. Il s’agenouilla et souffla des volutes de fumée au visage de West.
-Mr.West, comment se passe votre petit séjour dans cette ravissante chambre ?
-Je crois qu’on a sauté les présentations, articula le prisonnier.
-C’est exact cher ami, mais je crois qu’il serait idiot de ma part de vous communiquer mon nom. Portman se releva.
-Où sont ma femme et mes enfants ? Si vous…
Son géôlier lui envoya un coup de pied bien placé, juste au niveau de sa blessure. West grogna de douleur. Il porta sa main sur son genou, appliquant un pression sur celui-ci, dans l’espoir de « comprimer » la douleur.
-Votre pute de femme et vos enfants dévorent les mauvaises herbes par la racine. Il s’avère qu’elle nous emmerdait passablement.
-De quoi parlez vous ? Vous les avez liquidés espèce de salopard ?
-Je crois que vous ne le saurez jamais.
L’homme tourna les talons, fit un signe de tête aux deux autres, et sortit de la pièce. Shepard et Connely s’avancèrent vers leur victime. Shepard sortit une clef de sa poche, et s’employa à déverrouiller les chaines qui enserraient les poignets du prisonnier. Ceci fait, chacun des agents saisit un bras de ce dernier, et l’aidèrent à se lever. Sans un mot, ils l’emmenèrent dans l’escalier de service, et ils gravirent plusieurs étages. Ils parvinrent sur le toit, sur lequel ils laissèrent leur fardeau sur le sol. Shepard intima à Connely l’ordre de surveiller l’escalier.
Une fois la porte y menant close, l’agent sortit un flingue de gros calibre – un Beretta 9000 S, dont le chargeur contient 12 balles de 9mm – tira sur le canon, et braqua l’arme sur West. Alors qu’il allait tirer, la porte des escaliers s’ouvrit, attirant son attention.
-Active Shep, il faut…
Le coup était partit.
Chapter IV
Le choc fut d’une violence inouie. Des fragments du toit s’envolèrent, pulvérisés par la balle. Shepard sentit une douleur incroyable envahir tout son bras, alors qu’il s’effondrait sur le sol. Le coup qui lui avait été porté au niveau du coude lui avait fait lacher son arme, et avant qu’il n’ait eu le temps de réagir, West s’emparait déjà du Beretta.
A quelques mètres Connely hurla:
-Lache ça West !
Et il pointa son arme en direction du prisonnier. Ce dernier vida son chargeur sur l’agent, et des gerbes de sang jaillirent de son corps lorsque les balles le traversèrent. Les yeux dans le vide, il s’écroula face contre terre, et le bruit des os de son visage se fracassant sur le sol horrifia son collègue. Marchant à reculons, celui qui aurait du être à sa place se dirigea vers la porte, et écarta d’un geste du pied le corps, baignant dans une mare de sang, qui entravait son ouverture. Shepard dans sa ligne de mire, il murmura :
-On se reverra…
La porte se referma. Seul sur le toit, Shepard songeait déjà à la réaction de Portman lorsqu’il lui apprendrait qu’ils avaient été neutralisés par un homme blessé et désarmé. Le sort qui l’attendait le préoccupait bien plus que son bras, douloureux mais qu’il ne jugeait pas cassé. Il se releva, se dirigea vers le cadavre de son collègue et se saisit du flingue reposant à ses côtés. Après avoir vérifié le chargeur, il ouvrit la porte et s’engouffra dans la cage d’escalier.
West descendit les marches quatre à quatre, trébuchant de temps à autre dans sa précipitation. Le Beretta toujours en main, il réalisa qu’il venait de tuer un homme pour la première fois. Pourtant il n’avait aucun remord. Peut-être parce que cela avait été pour sauver sa propre vie. Du moins c’est ce qu’il espèrait. L’idée de pouvoir tuer un être humain sans état d’âme lui faisait peur. Tout se mélangeait dans sa tête. Sa maison mise à sac, le sang, le coup sur sa nuque, sa cellule, et enfin ces hommes en costume noir, tentant de le tuer, et ayant probablement assassiné sa famille.
Son état était déplorable. Alors qu’il l’avait presque oublié dans le feu de l’action, son genou recommençait à le lancer, et une douleur irradiait de la base de son crâne jusqu’au bas de sa nuque. En sueur, encore souillé par l’humidité de son cachot, et sa cravate nouée autour de sa jambe, il parvint en bas des escaliers. Il fit une pause. S’appuyant contre un mur à sa gauche, et il se laissa glisser, se retrouvant assit, son arme contre son estomac. Reprenant son souffle, il réfléchit à la marche à suivre : il ne pouvait pas aller à l’hôpital. Il lui paraissait évident que si il relatait les évènements de la journée au personnel médical, celui-ci le prendrait pour un fou, ou appelerait les flics, qui seraient ravis d’avoir un meurtrier à tabasser pour terminer leur service. Il fallait d’abord qu’il se donne un air plus présentable, afin de ne pas attirer l’attention sur lui. Il se releva, dénoua sa cravate et la fit passer autour de son cou, puis il épousseta les manches de sa veste.
Alors qu’il glissait son arme dans sa ceinture, des bruits de pas retentirent dans l’escalier métallique, et l’agent Shepard apparut en haut des marches. West fit volte-face, et ouvrit la porte menant au hall de l’hôtel à la volée, et se précipita dans la rue, émergeant au milieu des passants. La circulation était dense, et lorsqu’il traversa la chaussée, des voitures le frôlèrent alors que les conducteurs tambourinaient sur leur klaxon. Jetant un oeil par dessus son épaule, il aperçut l’homme en costume qui le poursuivait, bousculant des badauds abasourdis par la scène. Accèlerant le rythme, West s’engouffra dans une ruelle, et suivit son cheminement jusqu’à parvenir à la station de métro McCormick.
Lorsqu’il parvint sur les quais, la rame était déjà arrêtée, et il y pénétra juste au moment où les portes se fermaient. A sa suite, l’agent Shepard arriva quelques secondes trop tard, et il ne put que frapper les vitres avec la crosse de son arme, alors que les wagons prenaient de la vitesse.


